Performer une danse non-performative
- Daudens Lizzie
- 28 janv.
- 5 min de lecture

DEFINITION - PERFORMANCE selon le "petit robert"
nom féminin
Résultat obtenu dans une compétition. Les performances d'un champion.
Rendement, résultat le meilleur. Les performances d'une machine.
Au figuré : Exploit, réussite remarquable. Synonymes : prouesse
Œuvre artistique conçue comme un évènement, une action en train de se faire.
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Mon cher corps n'a pas de place pour la performance de compétition, pour devenir une danseuse au grand soir. Il a quitté les machines pour coudre le monde avec une forme artisane de la danse, à l'écoute, sensible et qui prend le temps car c'est à partir du dialogue vivant entre le dedans et le dehors qu'il se sent enchanté.
Ma danse est celle qui soutien mon corps dans son mouvement. Je ne suis pas thérapeute. Je suis artiste. Mais peut-on être artiste en prenant soin du corps?
Je suis une artiste qui danse, qui dessine, qui écrit en lien avec le vivant et donc, qui laisse exprimer ce qu'elle perçoit du monde.
Dans ces médias il y a mes visions et il y a les tiennes aussi car l'art n'est pas personnel, il est commun. Ainsi, il rend visible ce qui est du monde de l'invisible, et donc à 99,9999% du semblable.
Ma danse est non performative. A chaque pas il est question de "présence" ; une présence qui habite mon corps dans les rythmes qu'il est possible d'habiter.
Dépendant de l'environnement, je danse à différentes intensités, avec différentes qualités, à différents niveaux et amplitudes.
L'intensité que tu peux voir parfois c'est l'énergie vitale qui rayonne. C'est ma part intensive de l'être. Qu'importe la polarité cette part s'exprime comme c'est.
Il ne s'agit pas de performance. Je ne fais pas d'échauffement : j'allonge mes membres ; je ne m'étire pas : je me dépose, je relâche ; j'écoute mes sens et mes perceptions à partir de l'interne pour être en relation en mouvement avec l'externe.
Qu'importe ce qui me traverse je le valide. Et ce sera toujours différent car je crée dans l'instantané.
Par contre je scoréographie, c'est-à-dire que je décide des étapes de ma partition.
"Score" = "partition" en anglais. Je partitionne et je danse dans l'instant du moment. C'est de l'improvisation, parfois avec contact : ce qui devient du contact improvisation (avec des êtres humains et non-humains), parfois sans contact (est-ce que marcher dans l'espace, c'est être en contact avec l'espace? dans ce cas il n'y a jamais de "sans contact"), ce qui devient de la composition instantané (à réfléchir!). Parfois les yeux fermés avec toi comme public, ce qui devient du mouvement authentique ou du mu-shin, parfois les yeux ouverts alors je danse de la composition instantané.
L'improvisation est une galaxie avec différents univers.
Je danse dans cette galaxie et chaque univers peut danser ensemble dans une grande partition...et parfois les univers sont explorés en isolation, c'est-à-dire "à part" - pour denteller nos existences - dans cet univers et savoir sur quelle planète on se meut.
Sur le moment.
Dans cette étape de vie là et nulle part ailleurs.
En présence.
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UN RÊVE DE PETITE FILLE
Mon corps aime les performances mais n'aime pas performer. What ?
A l'âge de 5 ans, j'ai commencé la danse classique. Dans cette école "Gauthier LaChiche", on donnait des galas dans une belle salle des fêtes à La Baule.
J'étais maquillée, habillée, apprêtée. On performait des spectacles plus ou moins chorégaphiques.
Puis j'ai continué dans une association où la prof de danse nous laissait libre de choisir notre musique et elle nous proposait des chorégraphies. Ça m'a aidé à structurer mes gestes, c'était fun, je me sentais faire partie du groupe.
Ensuite j'ai été dans une école un peu plus chic où ni la musique, ni la chorégraphie n'était choisi. C'était du moderne -jazz. Je me souviens "i feel like a woman" avec des pas de bourrées à la volée et du dynamisme. Ça m'a bien plus jusqu'au jour où elle m'a forcé sur les jambes pour attendre un grand écart.
Ce fut le grand écart de ma vie.
Celui qui allait me signifier que "devenir danseuse fait mal au corps".
J'ai donc arrêté le modern-jazz et j'ai continué un peu la danse contemporaine que je trouvais plus fluide avec des musiques choisies précieusement et différente - non commerciale : ça me nourrissait à un nouvel endroit.
Et puis j'ai arrêté préférant aller danser en festival attendre des états d'ivresse dans un mouvement complètement libre.
Puis, il était tant de choisir un métier... et ce ne sera pas la danse puisque j'en déduis que professionnellement, ça fait mal au corps !
What?
Heureusement qu'il y a eu les festivals, les fêtes, les moments de célébrations et de rassemblement pour continuer de danser. Parfois je dansais seule dans ma chambre quand j'éprouvais de forte émotion.
Puis au début des années 2010, j'ai rencontré les bolas (poi en anglais) qui m'ont permis de découvrir une autre manière de danser.
J'ai rencontré la gravité, le poids, les mouvements fluides et circulaires, l'élément feu et la relation à la performance.
Inconsciemment, je cherchais à faire de mes passions mon métier. Mais de nouveau, je voyais que ça n'allait pas le faire. Mon corps était réfractaire aux échauffements, aux rythmes et aux figures performatives qui pouvaient m'amener dans la compétition ou le "m'as tu vu?!".
Le milieu du spectacle me paraissait être un monde qui ne prenait pas soin du corps, ni dans son rythme, ni dans sa philosophie, ni dans son hygiène de vie.
Je me demandais : Quelle écologie interne les gens s'offrent-ils à travers leur mode vie en tant qu'artiste ?
Je n'avais pas envie d'un mode de vie qui ne prenait pas soin du corps.
Un mode de vie performatif.
Je mis en route ma quête pour un mode de vie à l'écoute...
De mon corps, de mon esprit et de mon coeur : yoga, méditation, nourriture vivante, travail thérapeutique.
Des autres : choix de l'environnement humain/écologique/philosophique. Par exemple, j'ai choisi de danser dans des événements sans alcools et de fait, j'ai découvert des mouvements en accord avec des valeurs plus adaptés à) mes besoins : dont les danses dites "libres" : contact improvisation, life/art process, mouvement authentique, composition instantané, ecstatic dance... où le corps se meut comme il veut, à la vitesse qu'il veut, avec qui il veut.
De plus grand : danse rituelle, danse des 5 rythmes biologiques, danse en nature, danse de tournoiement.
A partir de cette large écoute, aujourd'hui je performe. C'est à dire que je crée des prétextes pour vous retrouver dans des espaces où vous venez me voir danser, vous devenez le public et moi l'artiste.
Et dans ces performances il n'y a aucune chorégraphie, juste de l'improvisation dans l'instant où mon corps est libre dans son mouvement.
Libre de faire ce qu'il veut comme il veut tout en restant dans une intention de création claire et définit, ce qui donne à la création un cadre et la légitimité de s'appeler "une performance".
Et si quelques mouvements jaillissent et peuvent paraître performative, notifie en toi qu'il s'agit plus d'un degré de puissance, d'une force de vie et son élan qui s'exprime et rien d'autre.
Dis-toi que tout le monde peut habiter cela. Ce n'a rien de performative ou d'extra ordinaire.
C'est une conscience et un travail quotidien associant mouvement et hygiène de vie qui est tout de même exigeante.
Et parce-que tu es là pour le voir, tu permets aussi à cette création de corroborer dans le visible du monde.
Et que ça a commencé par une présence et une écoute à mon corps qui a demandé à être entendu et qui demande à être en relation avec le monde et relié au monde plus vaste de l'infiniment petit et de l'infiniment grand.
C'est une recherche constante où le sentiment d'être débutant est toujours présent car chaque moment est une expérience qui se vit.
Il n'y a pas de sujet perfectible et inéluctable en cela.



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